L’affaire du niqab dégénère à la Manouba

Written by on 8 mars 2012 in Apprendre - 6 Comments

L’Université tunisoise a été le théâtre de violents incidents, entre des étudiants de gauche et des salafistes…

 

Mercredi 7 mars, la tension monte de plusieurs crans à la Manouba. La grande université des Lettres de Tunis, située à une quinzaine de kilomètres du centre-ville, est paralysée depuis fin novembre en raison d’un bras de fer à propos de port du niqab pendant les cours et les examens. Aujourd’hui, le face à face va dégénérer en confrontation violente. D’un côté, les salafistes regroupés au sein de Talaba révolution (révolution étudiante), de l’autre les militants de l’Union générale des étudiantes tunisiens (UGET), syndicat de gauche.

A l’origine de la manifestation prévue ce mercredi matin, devant la grille fermée de l’université, il y a à la fois la décision prise le vendredi précédent par le conseil de discipline de l’Université d’exclure deux étudiantes refusant d’enlever leur niqab lors des examens, et l’altercation qu’a entraîné cette sanction le mardi suivant, entre le Doyen et deux étudiantes en niqab.

Les étudiants découvrent en arrivant que, une fois de plus, ils n’auront pas cours, en raison du blocage de l’entrée par l’Uget, qui exige une intervention du ministère pour mettre fin au conflit. Devant la grille, les étudiants dans leur grande majorité refusent de prendre partie et partagent leurs inquiétudes sur le bon déroulement de leur année universitaire. Aladin Gattounsi, étudiant en espagnol se dit « neutre, souhaite simplement étudier, et qu’on parle des vrais problèmes : logement et bourse ». Alors que tout semble calme, un salafiste escalade le muret où se trouve le drapeau tunisien, pour le remplacer par le drapeau noir d’Al-Qaida, sous le regard médusé des étudiants. Tollé général, qui met les nerfs à vif.

La manifestation - ici des militants gauchistes de l'Uget - a dégénéré à la Manouba. (photo CFJ / Thierry BRESILLON)

Les grilles finissent par s’ouvrir. Etudiants et salafistes entrent sur le campus, les esprits s’échauffent, les leaders haranguent leurs troupes et se défient à coups de slogans et de chants religieux. Les étudiants de l’Uget décident, à 14h30, de se diriger vers le ministère de l’Enseignement supérieur, afin d’exiger une solution au conflit. Soudainement, la tension monte pour une raison inconnue et la violence se déchaîne. Une véritable chasse à l’homme est lancée en plein boulevard, à laquelle prennent part des militants salafistes arrivés en renfort à la mi-journée. Les coups pleuvent sur des étudiants à terre, même des jeunes filles sont frappées sans retenue par des salafistes. Ces violences en pleine rue se déroulent sous le regard de policiers en civil, postés à distance. L’un d’eux répond ainsi à notre incompréhension : « C’est ça la révolution ! Nous, on est neutres… »

L’équipe de tournage du CFJ prise à partie

Dans la confusion générale, il est difficile de discerner qui frappe qui. Des salafistes font barrage pour empêcher les journalistes de filmer ou photographier.

Un de nos confrères réalisant un documentaire pour la BBC est assailli par un groupe dont il réussit à s’extirper in extremis. Pourtant un peu à l’écart de ces altercations, notre équipe est violemment prise à partie par une vingtaine d’extrémistes déchaînés, inquiets de leur l’image. L’un d’eux s’empare de notre caméra et, de toutes ses forces, la projette à terre pour la détruire. Selon une sympathisante de Talaba Revolution, cette réaction s’explique par le fait que « les médias ne disent pas tout et véhiculent une image détournée des salafistes ». Et pour cause, difficile de relater la réalité quand il est quasiment impossible de recueillir des informations.

 Claire TESSON et Hicham RAMI

Sur le même sujet, dans MEDINAPART : Video : niqab polémique à la Manouba

6 Comments on "L’affaire du niqab dégénère à la Manouba"

  1. daequin 9 mars 2012 à 13 h 58 min · Répondre

    Je me pose la question de savoir pourquoi vous cherchez à première vue, et j’avoue ne pas être un spécialiste des mouvements étudiants nord africain, à discréditer l’UGET en les affublant du qualificatif de « gauchiste » ?
    Vous semblez hésiter pendant tout l’article entre gauche et gauchisme.

    • pmdescamps 9 mars 2012 à 15 h 54 min · Répondre

      Il ne nous semble pas que le qualificatif « gauchiste » soit discriminant. C’est une identification politique qui concerne, indiscutablement, quelqu’un de gauche, donc pas de confusion possible !

      • daequin 9 mars 2012 à 18 h 02 min · Répondre

        Gauchisme est un terme qu’on trouve dès le xixe siècle1 et utilisé pour qualifier l’action politique d’individus ou d’organisations que l’on considère comme étant « trop à gauche ». Dans son ouvrage La Maladie infantile du communisme (le « gauchisme »), rédigé en 1920, Lénine qualifie ainsi de « gauchistes » certains partis communistes d’Europe, qui lui étaient opposés sur sa gauche et dont il jugeait le radicalisme contre-productif.

        Aujourd’hui, l’expression est employée dans un sens similaire par des altermondialistes pour fustiger l’attitude de certaines composantes de leur mouvement, par exemple la formation de Black Blocs durant des manifestations. De même, en 1968, le Parti communiste français avait qualifié de « gauchistes » toutes les organisations communistes opposantes, notamment trotskistes.

        Le terme a donc une connotation critique entre mouvements de gauche, où il sert à reprocher à un autre groupe le caractère contre-productif de sa stratégie. À l’inverse, pour bien signifier qu’ils étaient à gauche du léninisme, certains courants se sont eux-mêmes revendiqué du « gauchisme » dans les années 1970, en particulier ceux se réclamant du communisme de conseils.

        Par glissement sémantique, le terme « gauchisme » peut être utilisé par la droite et l’extrême-droite pour désigner les sympathisants de la gauche au sens large, que celle-ci soit marxiste, socialiste ou même social-démocrate. Le terme est alors employé pour induire une perception négative de l’objet qualifié : une pensée de gauche n’est plus présentée comme une façon d’envisager le fonctionnement des sociétés humaines mais est ainsi relégué au rang d’habitude, de dogme, de doctrine, voire de maladie grâce à l’emploi du 2suffixe -isme.

        Source wikipedia ( article gauchisme)

        • pmdescamps 9 mars 2012 à 19 h 00 min · Répondre

          D’abord merci pour le soin que vous apportez à démontrer le bienfondé de votre observation. Nous vous accordons volontiers que, par un glissement sémantique, le terme « gauchiste » est devenu – pour certains – péjoratif, voire méprisant. Ce n’était évidemment pas le but recherché dans cet article sur l’Uget. Votre argumentaire prouve que tout dépend de là où on se place. Qui peut dire que le fait d’être « trop à gauche » est une hérésie, une déviance, une… discrimination ? P.-M.D.

  2. unouveaucompte 9 mars 2012 à 14 h 36 min · Répondre

    un petit bouton twitter ?

    • pmdescamps 9 mars 2012 à 15 h 56 min · Répondre

      On va essayer !

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