Le Parti Pirate Tunisien à l’abordage

Written by on 12 mars 2012 in Voter - 5 Comments

Le 2 mars, la Justice refusait de légaliser le Parti Pirate Tunisien. Pas découragés pour autant, ses membres se réunissent dans la banlieue de Tunis pour donner enfin une existence politique à ce mouvement.

Une modeste villa en briques blanches sur les hauteurs de Sidi Bou Saïd. Dans un enchevêtrement de câbles électriques et d’ordinateurs portables, la réunion hebdomadaire du Parti Pirate Tunisien (PPTN) commence à peine. Mais ses membres pianotent déjà sur leurs claviers. Le noyau dur du parti, une vingtaine de jeunes Tunisiens, est rassemblé autour de « Kangoulya » et de Slim Amamou, les fondateurs historiques. L’ambiance est détendue, malgré l’enjeu de la réunion : les pirates rédigent les nouveaux statuts de leur parti qui leur permettront, à terme, de se présenter aux élections.

Le parti opère actuellement dans la clandestinité puisque le ministère de l’Intérieur a refusé de le légaliser. Une décision qui a été confirmée le 2 mars par le Tribunal de première instance de Tunis. Pour obtenir le droit d’exister politiquement, les autorités demandent au PPTN de former un bureau politique, de fixer son slogan et son logo, et d’instaurer une hiérarchie entre ses membres. « L’administration ne parvient pas à comprendre la structure du parti, explique Aymen Amri, consultant en informatique et militant. Nous avons une organisation complètement horizontale, nous sommes tous égaux. »

Le Parti Pirate Tunisien est majoritairement composé de jeunes passionnés d'informatique. (photo CFJ/M.P.)

Même le nom du parti indispose les autorités. « Le mot pirate fait peur aux bureaucrates, à cause de sa connotation négative. Ils nous ont même proposé de l’appeler Parti des internautes ! », s’amuse Wassim Ben Ayed, étudiant en informatique et militant.

Deux partis pirates en Tunisie

Initiative lancée dès 2008 en Tunisie, le PPTN est l’une des premières extensions du mouvement pirate sur le continent africain et dans le monde arabe. Composé majoritairement de jeunes passionnés d’informatique, le parti compte néanmoins des membres de tous les horizons. « Les autres forces politiques ont tendance à nous voir uniquement comme un parti de geeks ! », plaisante Wassim Ben Ayed. Ils militent pour un Internet neutre et privé de toute censure, pour la transparence et la diffusion libre de la culture. S’il ne compte qu’une poignée de membres, le Parti Pirate Tunisien mise sur son réseau de sympathisants. « Je suis optimiste pour la suite, explique « Kangoulya ». On espère créer des sections locales là où on pourra s’implanter. C’est un système très décentralisé. »

À terme, le PPTN souhaite obtenir la reconnaissance de la maison mère, le Parti Pirate International. Un problème néanmoins : la Tunisie compte un autre parti pirate, créé autour de la personnalité de Slaheddine Kchouk, et qui a lui aussi déposé une demande de légalisation. Si le conflit entre les deux organisations remonte aux origines du mouvement, la nomination de Slim Amamou aux gouvernements provisoires de Mohamed Ghannouchi, puis de Béji Caïd Essebsi, n’a fait qu’accentuer les tensions.

Aujourd’hui, la rupture est consommée et les deux partis ne parviennent pas à communiquer. Des différends qui tendent pourtant à être minimisés : « Ce n’est pas une situation très grave. L’essentiel, c’est d’accéder à l’organe législatif de l’État », assure Slim Amamou.

Depuis son passage au gouvernement provisoire Slim Amamou est devenu la figure médiatique du mouvement. (photo CFJ/M.P.).

Même si le parti ne fait pas de distinction entre ses membres, la figure de Slim Amamou émerge du fait de sa notoriété médiatique. Son arrestation pendant la révolution, son poste de secrétaire d’État à la Jeunesse et aux Sports, et ses déclarations sur la dépénalisation du cannabis l’ont mis de fait sur le devant de la scène. « On espère qu’il y aura d’autres figures et qu’on aura plus de présence dans les médias », rappelle-t-il.

Grâce à l’élaboration de nouveaux statuts, le Parti Pirate Tunisien espère percer électoralement et entrer à l’Assemblée, à l’image du Piratpartiet suédois qui est parvenu à placer deux députés à Bruxelles en 2009. Une ambition à laquelle prétend Slim Amamou : « Beaucoup de gens qui n’ont pas voté aux dernières élections pourraient être intéressés. »

Le PPTN ne perd pas de temps puisqu’il élabore déjà un projet d’ampleur : la création d’un accès à Internet libre en Tunisie. Une initiative dont la légalité n’est pourtant pas assurée. « Le dispositif de censure de l’ancien régime est encore en place, explique « Kangoulya ». Les autorités n’ont qu’à appuyer sur un bouton, et tout est de retour. Nous devons rester vigilants. »

Maxime POPOV

5 Comments on "Le Parti Pirate Tunisien à l’abordage"

  1. David 13 mars 2012 à 21 h 24 min · Répondre

    Les périodes post révolutionnaires sont propices à une explosion de revendications calquées sur des phénomènes déjà existant dans des démocraties plus avancées. Rien de plus naturel que de surfer sur la vague de liberté pour rendre toute régression impossible. Le risque est de provoquer l’ire de forces rétrogrades, qui, face à des forces qu’elles craignent de voir contester leur pouvoir, risquent de verrouiller toute velléité de libéralisation (pourtant légitime) de la société.
    La Tunisie a les dispositions pour devenir la première démocratie arabe, qu’elle ne pêche pas par orgueil.

  2. www 14 mars 2012 à 16 h 38 min · Répondre

    Arrêter l’hémorragie des visas et appeler les nouvelles formations, qui désirent être légalisées, à rejoindre celles qui le sont actuellement.

  3. hasni 24 mars 2012 à 20 h 30 min · Répondre

    Le parti pirate tunisien a été autorisé le 12 mars dernier. Slim Amamou n’a pas réussi son OPA et c’est bien la tendance historique, celle des cyberdissidents, qui a été reconnue au détriment d’un blogueur effectivement médiatisé pour être rentré au gouvernement. C’est bien cette « compromission » et son passage éclair et inutile au gouvernement qui lui a valu d’être exclu du PP.

    Pour Slaheddine Kchouk, représentant officiel du PP, la légalisation du parti “va nous permettre de présenter des candidats aux prochaines élections municipales ou même à une éventuelle présidentielle”. Mais elle ne signifie pas pour autant qu’il va rentrer dans le rang.

  4. malick 11 avril 2012 à 13 h 59 min · Répondre

    …Bonjour
    Je souhaite établir de contacts avec le blog. Je suis étudiant à la Manouba journalisme.

    • pmdescamps 12 avril 2012 à 9 h 55 min · Répondre

      Qui souhaitez-vous contacter ? Et pourquoi s’il vous plaît ?

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