Le louage fait le voyage

Written by on 16 mars 2012 in Routarder, S'étonner, Travailler - No comments

Populaire, bon marché et dépaysant ! Les taxis collectifs, ou louages, offrent aux Tunisiens un moyen de transport simple et pratique. Carnet de route sur le chemin de Gafsa.

La gare de louage de Moncef Bey, à Tunis. (photo CFJ / P. J.)

Un hall de gare transformé en grand garage. Le bruit des moteurs se mêle à celui des chauffeurs qui interpellent les voyageurs : « Gafsa ! Gafsa ! » ; « Sousse ? Vous allez à Sousse ? » Une soixantaine de minivans attendent leurs passagers, prêts à partir dans la minute pour une vingtaine de destinations. Bienvenue à la gare de louages Moncef Bey de Tunis, point de départ.

Cigarettes et café : la gare fourmille d’inactivité

Le principe du louage est désarmant de simplicité. Arrivé à la gare, indiquez votre destination, payez  (10 euros, pour avaler les 600 kilomètres qui séparent Tunis de Gafsa, en 5 ou 6 heures). Vous n’avez plus qu’à attendre. Dès que les huit places de votre minibus ont toutes trouvé preneur, vous êtes parti. Guichet, kiosque, gargote, poste de police, tout y est. Car, avant de profiter du voyage, il va falloir tuer le temps.

Au milieu des flaques d’eau, des odeurs d’essence et du ballet continu des minibus, la gare fourmille d’inactivité. « Regardez, ça peut durer des heures, s’amuse Farouk, un guide touristique qui attend un départ pour rentrer vers son oasis natale, dans le sud du pays. Les gens, ils passent leur temps à fumer et à boire des cafés. » La moindre altercation devient un évènement. Deux chauffeurs se disputent vigoureusement une place pour garer leur louage et 40 personnes se regroupent autour d’eux. La situation s’apaise et l’attroupement se disperse.

Les minibus, blancs et reconnaissables à la bande rouge ou bleue qui les ceinture, sont à l’image de la gare : aménagement sommaire mais fonctionnel. Les sièges sont déchirés, les fenêtres condamnées, les amortisseurs manifestement d’une autre époque. Et quand, à mi-chemin, Tlili, le chauffeur, entend un bruit suspect à l’accélération, il rassure les passagers, fait escale dans un garage en rase campagne et achète un boulon. Un quart d’heure de bricolage et le voyage reprend. « C’est ma voiture, explique-t-il en souriant, tous les frais d’entretien, c’est pour moi. » 

A son compte, il fait l’aller-retour tous les deux jours entre Tunis et Gafsa, et gagne relativement bien sa vie. Pour régler les charges de son minibus et la redevance aux gares de louage, il affirme toucher environ 2 200 euros de revenus par mois. Près de six fois le salaire moyen en Tunisie !


Matthieu MOULIN, à Gafsa

Diaporama sonore : Charles-Henry GROULT

Leave a Comment