L’expertise au service du politique

Written by on 19 mars 2012 in Voter - No comments

Le Centre Mohamed Chakroun, crée au mois d’août 2011, est le premier Think Tank tunisien de l’ère post Ben Ali. Tarek Kahlaoui, professeur à l’université de Rutgers (New Jersey), en est le créateur et directeur. Ce Tunisien de 37 ans, originaire de la ville de Radès, entend développer l’expertise dans le milieu politique, pour l’établissement d’institutions pérennes.

 

Tarek Kahlaoui entend rapprocher les intellectuels des hommes politiques. (photo CFJ / J.M.)

Comment est né le Centre Mohamed Chakroun ?

Depuis le printemps 2011, nous menions des débats au sein du CPR (congrès pour la République, parti du Président Moncef Marzouki), ainsi que parmi les sympathisants, afin de mettre en place une telle structure. J’ai discuté des détails avec les cadres du parti, principalement avec le Président Marzouki, en juillet 2011. Nous avons conclu un accord de principe, puis fondé le centre Mohamed Chakroun, en août 2011. Puisque je suis l’initiateur de ce think tank, il était naturel que j’en prenne la tête.

Quels sont les objectifs d’une telle organisation ?

L’un des problèmes majeur du nouveau régime démocratique, c’est que les partis politiques en places pâtissent d’une carence énorme en terme d’expertise, de programme détaillé, qui leur permettrait de diriger efficacement le pays. Les sciences politiques sous Ben Ali étaient pratiquement absentes et une grande partie des hommes politiques, particulièrement ceux de l’opposition, était occupée à se protéger de la dictature.

En observant l’héritage des partis politiques occidentaux, particulièrement après la seconde guerre mondiale, il apparaissait évident que les centre de recherche étaient indispensables pour que la classe politique développe une expertise, qui va au delà de la politique traditionnelle. Par ailleurs, de telles institutions s’avèrent cruciales lorsqu’il s’agit de mutualiser des expertises variées. Des experts, aux spécialités diverses n’auraient pas forcément les accointances politiques, ou tout simplement même l’idée de travailler ensemble. Une telle structure permet de rapprocher les chercheurs du monde politique, ce qui est indispensable lorsque l’on fonde un État nouveau.

Quelle est la nature des liens entre le CPR et le centre ?
Le centre possède une structure et des principes indépendants. Toutefois, il est proche du CPR, en lien avec sa politique et certains de ses fondateurs et administrateurs sont des cadres du CPR. Le nom du centre reflète cette relation particulière : Mohamed Chakroun, qui a inspiré le nom du centre, était président d’honneur du CPR, même s’il n’en était pas un membre actif.

Pensez-vous que les gens ont des raisons d’être suspicieux parce que le centre est l’émanation d’un parti politique ?
Comme je l’ai mentionné tout à l’heure, ce n’est pas vraiment singulier. Il y a des modèles occidentaux qui fonctionnent depuis des décennies, dans lesquels il y a une coopération efficace entre partis politiques et think tanks. Un exemple remarquable est la Friederich Hebert Foundation et le SPD allemand (Parti social démocrate)

Quelle est la situation des élites tunisiennes ? Est-ce-que les intellectuels peuvent aider le centre à se développer ?
Les élites tunisiennes ont énormément souffert des décennies de dictature. Ils étaient surtout touchés en tant que leaders d’opinion et hommes politiques, puisque leur présence dans la vie politique était restreinte par le refus du régime de toute dissidence. Les seuls intellectuels acceptés étaient ceux qui devenaient complaisants avec le régime et exécutaient ses politiques, alors que ceux qui adoptaient une pensée critique étaient censurés. »

Propos recueillis par Julien MUCCHIELLI
(traduction depuis l’anglais par Julien MUCCHIELLI et Maxime POPOV)

Leave a Comment